lagrandeguerreleshommes des tranchées

Légende pour amuser les Poilus 

 

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Quand on annonça à Dubouif qu'il faisait partie du prochain départ des permissionnaires,cette perspective ne parut point l'enchanter 
énormément. Chemineau avant la guerre, n'ayant ni foyer ni famille, ayant même refusé d'accepter une marraine, sous prétexte que cela 
créait, en réalité, plus d'obligations que de profils, il était fort embarrassé de ces six jours de liberté. Où aller, sans but et sans argent? 
Il ne s'était décidé à suivre le mouvement que par fierté et puis parce que c'était, son droit, qu'il avait gagné cette faveur autant qu'un autre, que cette permission avait à ses yeux la même valeur qu'une ration distribuée et que l'on prend malgré tout, dût-on ne point la con sommer. 11 choisit comme séjour Paris, parce qu'on lui avait dit que. là, on se débrouille toujours, qu'il y a des oeuvres spéciales, des journalistes, même des particuliers, qui s'occupenl des permissionnaires pauvres et sans refuge. ils étaient cinq.Le petit convoi quitta la tranchée vers trois heures du malin pour se 
rendre par divers moyens de locomotion à la petite gare où devaitavoir lieu l'embarquement,La nuit était noire comme de l'encre. Dubouif, 
qui, plongé dans ses réflexions, suivait, sans entrain, dégringola soudain dans un trou demarmite. Quant il se releva, heureusement sans dommage, il avait perdu le contact, et. comme il était sorti de l'excavation dans le sens même où il s'y était jeté, il prit sa course droit devant, lui, espérant ainsi rejoindre ses camarades. Ne se doutant point qu'il leur tournait le dos. il marcha longtemps, franchit des boyaux, traversa des Ills de fer, sans y rien 
comprendre, et, quelque invraisemblable que cela puisse paraître, tomba tout à coup devant une forme noire qui lui cria : Wcr dà ? 

Il était sur les lignes ennemies. Chercher à se soustraire à l'inévitable lui parut une témérité inutile. Sans trop se rendre compte de la façon dont tourneraient les choses, il répondit : 
Camarade ! 

La sentinelle boche, ayant donné l'alarme, le brave Dubouif fui fait prisonnier. 

Amené devant un hauplmanu, il subit un interrogatoire rapide auquel il se prêta avec une bonne grâce charmante, laissant même entendre par une mimique expressive, qu'il était disposé à livrer tous les renseignements qu'on lui demanderait. 

Devant cette aubaine, le capitaine boche n'hésita pas.Il donna l'ordre de traiter Dubouif avec égards, de lui donner à manger et à boire sans y regarder, et, même, il se fil accompagner par lui toute la journée, l'interrogeant avec affabilité en un français très accessible à la compréhension de son prisonnier.Celui-ci, qui ne manquait pas de roublardise, lui décrivait la disposition des lignes françaises, avec des détails imaginaires el sur le Ion de la. plus parfaite sincérité.L'officier élail ravi. Il entre- voyait déjà le percement du front, le culbutage de nos troupes, et des Croix de fer passaient 
dans ses rêves. 

Le lendemain et les jours suivants, même programme. Le hauptmann, dans son abri, montrait à Dubouif des cartes et des plans, lui demandait des précisions el pour s'attirer des réponses utiles, gavait notre poilu de bonne chère, de gnolle el de cigares. 

Dubouif songeait : —

En somme, c'est une agréable permission. Mais il comptait les jours. Quand le septième se leva il pensa que, son congé étant fini, il lui fallait rejoindre sa compagnie dans les délais légaux. Avec un sang-froid merveilleux, il proposa au capitaine de le mener en un point des lignes où il lui ferait constaterde visu un système dedéfense français qu'il lui était impossible d'expliquer de vive voix. 

Le Boche, dont la confiance élail devenue aveugle, accepta avec empressement, emprunta avec Dubouif une succession de boyaux qui les amenèrent sur un point où la ligne allemande faisait, une hernie 1res prononcée à moins de cent mètres des lignes françaises. Dubouif étendit, la main dans une direction recliligne,le capitaine boche prit un crayon el du papier, mais comme il était en train de décrocher sa lorgnette, il reçut dans l'estomac un formidable coup de tête qui l'envoya à trois mètres, les yeux illuminés el la respiration coupée, net. 

Sans perdre une seconde, Dubcuif. son mou- choir au vent, se fraya un chemin par les espaces laissés libres dans le réseau do lil de fer qui se dressait devant lui el. échappant aux balles qui sifflaient de tous côtés à ses oreilles, il arriva en un clin d'oeil dans sa propre tranchée qu'il avait parfaitement repérée. 

Le reste, on le devine. Le capitaine de Dubouif reçut avec stupéfaction certes, mais avec joie, 'le récit de son aventure. Renseignée sur tout ce qu'elle avait besoin de connaître, la division française attaqua l'ennemi le lendemain au petit jour" et lui infligea une de ces lalouilles don lies petites filles boches parleront encore dans cent ans, en habillant leurs poupées de Nuremberg. 

Quant à Dubouif, il reçut des galons, des décorations plein la vitrine, el quand, pour le flatter, on lui demande : 

— Et cette fameuse permission de six jours, 
où l'as-tu donc passée? 

Il répond d'un air détaché : 

— En Allemagne ! 

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